Abonnement payant Substack : le retour d’expérience d’un Best Seller
On a décortiqué son passage du gratuit au payant : ce qui pousse les lecteurs à payer, ce qui se passe après le lancement, les erreurs, les doutes et toute la psychologie qui se cache derrière.
Quand on parle de monétiser un média sur Substack, plusieurs possibilités existent : abonnement payant, vente de services/accompagnements, produits digitaux, sponsoring/partenariats, affiliation, etc.
Un média peut générer des revenus de différentes manières, et j’aurai l’occasion d’explorer ces autres leviers dans de prochains articles. Mais aujourd’hui on va se concentrer sur un seul d’entre eux : la monétisation par abonnement payant.
Et pour en parler, je voulais confronter mes réflexions à l’expérience de quelqu’un qui est déjà passé par toutes les étapes que je m’apprête moi-même à traverser.
L’auteur d’IA Espresso, connu sur Substack sous le nom du Solopreneur Introverti, a commencé à publier sur la plateforme en mai 2025 avant de lancer son abonnement payant quelques mois plus tard, en septembre. Depuis, son média a dépassé les 6 200 abonnés, décroché le badge Best Seller et génère aujourd’hui environ 10 000 € de revenus récurrents annualisés.
Derrière cette aventure, il poursuit un objectif très concret : construire suffisamment de revenus autour de son média pour quitter le salariat et se consacrer pleinement à son activité.
Pendant près d’1h30, on a décortiqué son expérience de la monétisation sur Substack. J’avais beaucoup de questions à lui poser, et pour vous guider dans cet échange, voici les grands sujets que nous allons aborder :
1.Quand lancer un abonnement payant sur Substack ?
2.Ce qui pousse un lecteur à devenir abonné payant
3.Comment préparer le lancement d’un abonnement payant sur Substack ?
4.Comment trouver le bon équilibre entre gratuit, payant et churn après le lancement ?
5.Ce qu’il a compris de la psychologie des abonnés payants
6.Ce qu’il aurait aimé savoir avant de se lancer
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cet article que nous en avons pris à échanger et à réunir toute cette matière pour vous l’écrire 🧡
1. Quand lancer un abonnement payant sur Substack ?
Je voulais commencer notre échange par une question que beaucoup de créateurs se posent : comment reconnaître le fameux bon moment pour passer au payant ?
Je me doutais qu’il n’allait pas me parler d’une taille d’audience, d’un taux d’ouverture ou d’un seuil précis à atteindre.
Et effectivement, il m’a plutôt parlé de rythme.
Avant de lancer son abonnement payant, il a d’abord passé cinq mois à ne publier que du contenu gratuit.
« Déjà, je voulais m’assurer que j’étais capable de tenir un rythme. Ce n’est pas donné à tout le monde. »
Il insiste d’ailleurs sur ce point à plusieurs reprises au cours de notre échange.
Pour lui, lancer un abonnement payant n’est pas seulement activer une fonctionnalité sur Substack.
C’est surtout accepter un engagement.
« Une fois que tu as des gens qui paient, tu ne peux plus te dire : “J’en ai marre, j’arrête.” Enfin, tu peux… mais derrière, il faut assumer, rembourser tout le monde, etc. »
On parle souvent du lancement comme d’un objectif à atteindre. Lui le voit d’abord comme une responsabilité à assumer.
C’est aussi pour cette raison qu’il déconseille aux créateurs qui débutent de penser trop tôt au payant.
« J’ai tendance à dire aux personnes qui commencent de rester un peu loin du plan payant. Il faut d’abord s’assurer qu’on est capable de tenir le rythme, pendant des mois, si ce n’est des années. »
Autrement dit, avant même de se demander si son audience est prête à payer, il faut commencer par se demander si, de notre côté, nous sommes capables de tenir la promesse dans la durée.
Personnellement, je ressens déjà une vraie responsabilité vis-à-vis de mes abonnés avec le contenu gratuit. Alors, à partir du moment où des personnes décident de payer, cette responsabilité prend forcément une autre dimension.
Aujourd’hui, j’ai trouvé un rythme qui me correspond et je sens que la formule payante que j’ai en tête pourrait s’y intégrer sans sacrifier la qualité.
Mais être prêt de son côté ne suffit évidemment pas.
Encore faut-il observer quelques signaux qui laissent penser qu’une partie de son audience pourrait, elle aussi, être prête à aller plus loin.
« Je voyais que j’avais de l’engagement et que le contenu avait de la valeur, tout simplement. »
Pas besoin non plus d’attendre que des lecteurs viennent spontanément réclamer une offre payante.
« Personne ne va venir te dire : “Oui, je veux payer.” En général, plus les gens peuvent consommer gratuitement, plus ils le font. »
Et c’est assez logique.
Mais ça ne signifie pas pour autant qu’ils ne seraient pas prêts à investir pour aller plus loin. Le payant doit simplement leur apporter une valeur supplémentaire suffisamment claire pour justifier ce passage.
C’est là que je lui ai partagé ma propre situation.
La veille de notre échange, je venais tout juste de franchir le cap des 1 000 abonnés, après quatre mois à créer du contenu gratuitement. Mais, plus que ce chiffre symbolique, ce sont d’autres signaux qui retenaient mon attention.
Près de 50 % de mes abonnés ont une activité de quatre ou cinq étoiles, ce qui signifie qu’ils font partie des lecteurs les plus régulièrement actifs sur ma publication.
Les discussions dans les commentaires sont de vrais échanges. Le chat est devenu un véritable espace de conversation. Et surtout, mon média m’avait déjà permis de signer des clients pour mes accompagnements one-to-one.
Ces indicateurs me semblent montrer qu’une partie de mon audience est prête à investir davantage, surtout avec une offre qui ne repose pas uniquement sur l’écrit, mais aussi sur des formats plus vivants (workshops, lives avec des invités, sessions collectives) qui viennent enrichir l’expérience et renforcer la valeur perçue.
Je lui ai donc demandé si, à ses yeux, ces signaux pouvaient indiquer qu’une partie de mon audience était prête à aller plus loin.
« C’était exactement pareil. (...) Tu as de l’engagement, des commentaires, des likes, de vraies discussions... À partir du moment où tu as ça, tu peux estimer qu’il y a une petite partie, si ce n’est une grande partie, qui est prête à payer. »
Le bon moment se situe donc à la rencontre de deux choses : être soi-même capable de tenir la promesse dans le temps, et observer suffisamment de signaux montrant qu’une partie de son audience pourrait avoir envie d’aller plus loin.
PS : Si vous voulez consulter la répartition de vos abonnés selon leur niveau d’activité : Dashboard → Abonnés, puis utilisez le filtre « Activité ».
2. Ce qui pousse un lecteur à devenir abonné payant
J’ai enchaîné ensuite avec une question qui m’intéressait particulièrement : qu’est-ce qui fait qu’un lecteur qui peut déjà accéder gratuitement à une grande partie de ton travail décide, un jour, de sortir sa carte bancaire ?
D’autant plus qu’en francophonie, nous n’avons pas encore tout à fait la même culture qu’aux États-Unis lorsqu’il s’agit de payer simplement pour accéder à du contenu.
Et sur ce point, il m’a répondu avec un concept marketing que je connaissais bien : le Job To Be Done.
« Si quelqu’un lit ta newsletter, c’est pour obtenir quelque chose. Dans ton cas, c’est très clair : créer et monétiser son média sur Substack. Toutes les personnes qui te lisent viennent chercher ça. »
Autrement dit, plus le résultat que ton lecteur vient chercher chez toi est identifiable, plus il devient naturel de construire une offre payante qui lui permet d’aller plus loin.
Et selon lui, c’est assez important en France.
« Il faut vraiment que les gens retirent une valeur concrète de ton contenu. »
Mais avoir une promesse claire ne suffit pas forcément.
Il y a un deuxième élément qui, selon lui, facilite le passage au payant : rendre la valeur supplémentaire plus tangible.
Dans son cas, cela passe par les assets qu’il intègre à ses contenus : des prompts, des skills, des ressources etc. Bref, quelque chose que le lecteur peut réellement récupérer et utiliser.
« Moi, je sais que ça fonctionne bien aussi parce que c’est très tangible. Je donne des assets concrets. Ça peut être des skills, des prompts, des ressources… Des choses qui sont, entre guillemets, palpables. »
Et la suite de sa réponse m’a vraiment parlé :
« Toutes les semaines, j’essaie qu’il y ait quelque chose qui fasse dire : “Ah, j’aimerais bien avoir ça.” Et donc, potentiellement, la personne va s’abonner. »
Je pense qu’il y a quelque chose de très juste là-dedans.
On peut trouver un article passionnant, apprendre énormément en le lisant et pourtant ne jamais ressentir le besoin de payer.
À partir du moment où on ajoute quelque chose de directement actionnable, la valeur supplémentaire du payant peut devenir beaucoup plus facile à percevoir.
Ça ne veut pas dire qu’il faut forcément multiplier les ressources, templates ou bonus pour justifier un abonnement. Mais dans un média éducatif comme le sien (et probablement comme le mien), ils peuvent rendre beaucoup plus concrète la différence entre ce que le lecteur trouve gratuitement et ce qu’il obtient lorsqu’il décide d’aller plus loin.
Et il y a un dernier point sur lequel notre échange m’a fait réfléchir : la manière de vendre cette offre.
Parce qu’on peut construire une excellente proposition de valeur et malgré tout perdre ce qui faisait fonctionner la relation jusque-là si, au moment de vendre, toute notre communication se transforme soudainement en mécanique marketing.
Le lecteur doit continuer à retrouver la voix, la personnalité et la manière de communiquer qui lui ont donné envie de nous suivre au départ.
Une promesse claire, une valeur supplémentaire suffisamment perceptible et une offre cohérente avec ce que le lecteur vient déjà chercher chez nous : ce sont finalement trois éléments qui peuvent faciliter le passage au payant.
Reste encore à transformer tout ça en un lancement capable de donner envie de franchir le pas.
3. Comment préparer le lancement d’un abonnement payant sur Substack ?
Ici, j’ai commencé par lui demander combien de temps il avait consacré à la préparation de son lancement.
« C’est difficile à dire, mais je pense que ça mûrit pendant des mois. Ensuite, j’ai vraiment préparé pendant quelques semaines. »
Autrement dit, la réflexion commence bien avant la préparation opérationnelle.
En revanche, lorsque le lancement approche, il ne laisse rien au hasard. Il m’explique avoir préparé une véritable séquence de lancement.
« J’avais préparé une séquence d’e-mails. (...) C’était pour teaser, présenter l’offre, puis le jour J lancer l’offre et ensuite relancer derrière. »
En l’écoutant, je me suis rendu compte que nous avions exactement la même vision des choses.
Je lui ai d’ailleurs répondu que, de mon côté, je voyais aussi le lancement comme un véritable lancement de produit, et non comme le simple fait d’activer le bouton d’abonnement payant sur Substack.
C’est ensuite que notre échange est devenu particulièrement intéressant.
Je pensais qu’il allait me parler de réduction de lancement. À la place, il m’a expliqué avoir pris le contre-pied de cette approche.
« D’un point de vue stratégique, je te déconseille de faire une remise. C’est ton lancement. C’est ton produit. »
Son raisonnement est simple. Plutôt que de baisser le prix pour rendre son offre plus attractive, il a préféré augmenter sa valeur perçue.
Pour cela, il s’est appuyé sur le plan membre fondateur de Substack, qu’il a transformé en une offre à part entière, enrichie de nombreux avantages.
« J’ai vraiment productisé le truc et fait la promotion du plan membre fondateur. »
Plutôt que de dire :
« Pendant quelques jours, vous paierez moins cher. »
Il a préféré dire :
« En devenant membre fondateur, vous aurez davantage. »
Les membres fondateurs bénéficiaient notamment d’un accès gratuit aux produits qu’il publierait au cours de l’année.
« Je vais probablement sortir entre 500 et 800 € de produits par an. Les membres fondateurs ont tout ça pour 240 €. Donc, techniquement, c’est une offre. »
Et cette stratégie lui a permis de créer une vraie impulsion au lancement.
À l’époque, sa publication comptait environ 2 000 abonnés gratuits. Malgré cette audience déjà installée, une séquence de lancement préparée et une offre fondateur soigneusement travaillée, il a converti autour de 20 à 25 abonnés payants au départ.
Je trouve ce chiffre intéressant à garder en tête, surtout lorsqu’on observe aujourd’hui le niveau atteint par son abonnement payant.
Parce qu’il rappelle une chose assez facile à oublier : un bon lancement n’a pas besoin de convertir immédiatement une part énorme de son audience pour être réussi.
Le lancement n’est finalement qu’un point de départ. La croissance du payant se construit ensuite dans le temps.
En revanche, sur la question des remises, mon avis est un peu plus nuancé.
Personnellement, je ne suis pas opposée à un tarif de lancement lorsqu’il s’inscrit dans une stratégie réfléchie. Pour une première ouverture du payant, il peut réduire la barrière à l’entrée pour certains lecteurs encore hésitants.
Même chose pour des offres ponctuelles liées à des moments particuliers de la vie du média : son anniversaire, le franchissement d’un cap symbolique ou encore le lancement d’une nouvelle formule.
À condition, évidemment, de les utiliser avec parcimonie.
Parce que si on multiplie les promotions, on risque d’habituer son audience à attendre la prochaine remise plutôt qu’à considérer le tarif normal comme le juste prix de l’offre.
En réalité, je ne suis pas certaine qu’il existe une bonne ou une mauvaise approche.
Je pense surtout qu’il existe des stratégies différentes.
La sienne consiste à préserver son prix et à rendre l’offre plus désirable en augmentant ce qu’elle contient.
La mienne serait probablement de combiner les deux : proposer un tarif de lancement temporaire, tout en réservant aux premiers abonnés une expérience suffisamment privilégiée pour donner une vraie raison de rejoindre l’aventure dès le départ
4. Abonnés gratuits, payants et churn : trouver l’équilibre après le lancement
Une fois les premiers abonnés payants arrivés, une nouvelle question se pose : comment continuer à attirer avec le gratuit, apporter suffisamment de valeur à ceux qui paient et leur donner envie de rester ?
Je lui ai donc demandé comment il décidait de ce qui devait rester gratuit et de ce qu’il réservait aux abonnés payants.
Et sa réponse m’a beaucoup plu :
« J’essaie de toujours donner de la stratégie dans mes e-mails. (...) Je donne les ingrédients aux abonnés gratuits, et je donne le gâteau déjà préparé aux abonnés payants. »
J’aime bien cette image.
Les lecteurs gratuits repartent déjà avec de la valeur. Les abonnés payants, eux, gagnent surtout du temps : ils peuvent aller plus loin et passer plus facilement à l’action grâce à des ressources déjà prêtes.
C’est exactement comme ça que je voyais les choses de mon côté aussi.
La valeur existe des deux côtés, mais elle ne prend pas la même forme : les premiers accèdent à la stratégie, les seconds disposent en plus de ce qui leur permet de l’appliquer plus rapidement.
Je trouve cette distinction vraiment pertinente.
Le contenu gratuit n’a pas vocation à frustrer le lecteur pour le pousser à payer. Il doit déjà être suffisamment utile pour lui donner envie de revenir. Et le payant vient apporter une valeur supplémentaire plus concrète (davantage de profondeur, des ressources prêtes à l’emploi, des formats exclusifs ou un accès plus direct au créateur).
Et ça implique de résister à un réflexe assez naturel lorsqu’on commence à monétiser son contenu :
« On aurait tendance à se dire : “Je garde mon meilleur contenu pour les abonnés payants.” Et, en fait, il faut quasiment faire l’inverse. Il faut mettre ton meilleur contenu en accès libre. »
Instinctivement, on pourrait effectivement croire qu’il faut réserver son meilleur travail aux personnes qui paient.
Sa logique est différente : continuer à publier d’excellents contenus gratuits permet de montrer la valeur de son travail tout en attirant de nouveaux lecteurs.
Le payant n’a donc pas vocation à compenser un gratuit volontairement appauvri, mais à proposer autre chose en complément.
Chez lui, cette distinction se retrouve jusque dans sa stratégie d’acquisition.
Il porte notamment une attention particulière au SEO de ses articles gratuits, parce qu’ils peuvent continuer à attirer de nouveaux lecteurs bien après leur publication.
« J’utilise vraiment le contenu gratuit pour augmenter la découvrabilité. Et le payant, c’est vraiment de la conversion. »
Il avait d’ailleurs observé quelque chose d’assez parlant : pour la première fois, Google était devenu la source qui lui rapportait le plus d’abonnés payants et de revenus, devant Substack.
Je trouve cette mécanique intéressante parce qu’elle montre bien comment les deux peuvent se compléter : certains contenus gratuits deviennent des portes d’entrée vers le média, tandis que le payant permet ensuite de convertir une partie de cette audience.
Ensuite, on a enchaîné avec LE sujet inévitable : le churn, autrement dit, le taux de désabonnement, soit la proportion d’abonnés payants qui annulent leur abonnement sur une période donnée.
« Les abonnés payants, au début, ça fait un peu peur. Ça fait les montagnes russes : ça va, ça vient. (...) Il faut essayer de réguler le churn. C’est tout un art aussi. »
Concrètement, cela peut notamment passer par une promesse bien cadrée dès le départ, une valeur qui reste perceptible dans le temps, un onboarding soigné, des raisons de renouveler et, autant que possible, un plan annuel suffisamment attractif pour limiter les résiliations à court terme.
Mais même en travaillant tout ça, certains départs restent inévitables.
Je lui ai donc dit :
« Et je pense qu’il ne faut surtout pas tout remettre en question à chaque désabonnement. »
Il a acquiescé immédiatement.
« Exactement. Je suis sûr qu’il y a plein de gens qui vont lancer leur offre, voir une courbe qui monte très vite au début... Puis il y a forcément un moment où ça ralentit, voire où ça baisse. Il faut y être préparé. »
Parce qu’entre savoir que certains abonnés finiront par partir et le vivre réellement, il y a visiblement une différence.
Avec le temps, il a surtout appris à accepter ces fluctuations pour ce qu’elles sont :
« En fait, c’est des cycles. Il y a des moments où ça va mieux marcher, des moments où ça va moins bien marcher. Il faut l’accepter, continuer d’écrire, continuer de créer... »
L’enjeu n’est donc pas de retenir tout le monde à tout prix, mais de construire un modèle suffisamment utile pour donner envie de rester, suffisamment attractif pour continuer à accueillir de nouveaux lecteurs, et suffisamment soutenable pour durer.
5. Ce qu’il a compris de la psychologie des abonnés payants
Après plusieurs mois à observer ses abonnés gratuits devenir payants, je voulais savoir s’il avait fini par comprendre ce qui se passait dans leur tête.
Est-ce qu’il arrivait désormais à reconnaître celui qui allait payer ? À identifier un profil type ou un comportement particulier ?
Sa première réponse a été très honnête :
« Très bonne question ! Je ne suis pas sûr d’avoir une très bonne réponse. Mais qu’est-ce que j’ai pu remarquer ? Déjà, forcément, ils seront dans tes cinq étoiles. C’est logique, mais c’est quasiment une certitude. »
Dans son cas, un premier point commun se dégage donc : ceux qui finissent par payer font généralement partie de ses lecteurs les plus actifs.
Mais actif ne veut pas forcément dire visible.
Quand je lui ai demandé si ces futurs abonnés payants étaient aussi ceux qui commentaient le plus ou qui se faisaient le plus remarquer dans les interactions, sa réponse a été tout l’inverse.
« Pas du tout. C’est même presque l’inverse. (...) Ce sont souvent des gens plus silencieux. (...) Ce sont quasiment toujours des gens que tu ne vois pas. »
Cette réponse m’a immédiatement fait penser aux clients que j’ai signés récemment pour mes accompagnements en one-to-one.
Eux non plus ne faisaient pas partie des personnes que je voyais régulièrement dans mes commentaires ou mes interactions. Pour certains, je les ai véritablement découverts au moment où ils ont pris rendez-vous avec moi.
Au final, ce qu’on voit de son audience ne représente qu’une petite partie de ce qui s’y passe réellement.
Il vaut donc mieux éviter de mesurer l’intérêt d’un lecteur uniquement à ce qu’il laisse paraître publiquement.
Les comportements les plus visibles ne sont pas forcément les plus révélateurs.
6. Ce qu’il aurait aimé savoir avant de lancer son abonnement payant
Après avoir parlé du lancement, de la conversion et de ce qui se passe une fois les premiers abonnés payants arrivés, je voulais terminer sur une question plus rétrospective :
Avec le recul, qu’est-ce qu’il aurait aimé savoir avant de se lancer ?
Le premier point est revenu immédiatement : le rythme.
« Je me suis un peu emballé. »
Il reconnaît que publier davantage a servi sa croissance payante, mais que cela a aussi eu un coût ailleurs.
« Ça a servi la croissance payante. Mais je pense que ça a un peu desservi la croissance organique. »
Parce que le temps et l’énergie ne sont simplement pas extensibles.
Chaque contenu payant demande du temps à produire, à peaufiner et à promouvoir. Et ce temps, il ne peut plus le consacrer avec la même intensité à ses contenus gratuits, ceux qui lui permettent justement de toucher de nouveaux lecteurs.
À force d’augmenter la cadence, il a fini par atteindre sa limite.
Son conseil, avec le recul, est presque contre-intuitif :
« Le vrai conseil, c’est de partir sur un rythme presque inférieur à ce que tu penses pouvoir tenir. (...) Si tu te dis : “Je pourrais faire une newsletter par semaine”, commence par deux newsletters par mois. Et puis, si tu le sens, tu augmentes. Parce que l’inverse est plus compliqué. »
C’est vrai qu’au lancement, on a naturellement envie d’en faire beaucoup. On veut que l’offre paraisse généreuse, que les abonnés sentent immédiatement qu’ils en ont pour leur argent, et on peut facilement surdimensionner la promesse.
Mais une cadence qui paraît tout à fait tenable pendant quelques semaines ne l’est pas forcément encore trois mois plus tard.
Deuxième conseil : limiter ses attentes.
Ne pas lancer un abonnement en imaginant que les revenus vont immédiatement exploser.
Dans notre échange, il me ramène d’ailleurs plusieurs fois à cette réalité quand je lui parle de mon envie d’obtenir le badge Best Seller.
Certes, on peut toujours surperformer, mais mieux vaut partir d’hypothèses raisonnables et laisser la croissance se construire plutôt que de transformer chaque objectif en pression supplémentaire.
Puis, il a ajouté un dernier avertissement :
« Je pense que le piège, c’est de trop se focaliser sur les métriques et sur l’argent, au détriment d’autre chose. Je pense que c’est l’un des principaux pièges. »
Parce qu’une fois le payant activé, tout devient mesurable : le nombre de nouveaux abonnés, le MRR, le churn, les conversions, les renouvellements, etc.
Et il devient très facile de regarder son média uniquement à travers ces chiffres.
Évidemment, ils comptent. Ils permettent de comprendre ce qui fonctionne, de piloter son modèle et de faire les bons ajustements.
Mais ils restent des indicateurs.
Le vrai travail reste le même : créer de bons contenus, construire une offre suffisamment utile pour donner envie de rester, continuer à développer son audience et trouver un modèle qu’on peut réellement tenir dans le temps.
Le mot de la fin
En relisant toute notre conversation pour écrire cet article, je me suis rendu compte qu’un fil conducteur revenait presque partout, sans qu’on l’ait vraiment prévu :
La monétisation via le plan payant de Substack est autant un défi psychologique que marketing.
Et cette psychologie se joue des deux côtés.
Du côté du lecteur, il faut comprendre ce qui lui fait percevoir suffisamment de valeur pour payer, ce qui réduit ses hésitations, ce qui déclenche le passage au payant et ce qui lui donne envie de rester.
Mais elle se joue aussi de notre côté, en tant que créateurs : oser lancer sans avoir toutes les certitudes, assumer la responsabilité qui vient avec les premiers abonnés payants, trouver un rythme soutenable, accepter que certains partent et ne pas remettre tout son projet en question à chaque mouvement de la courbe.
À un moment de notre échange, il m’a dit :
« De manière générale, en fait, c’est plus psychologique qu’autre chose. Tout est psychologique. Parce que, techniquement, l’offre est toute simple. »
Et en relisant la transcription, je trouve que cette phrase résume assez bien toute notre conversation.
On peut travailler le prix, l’offre, les bonus, le lancement, les contenus et toutes les mécaniques de conversion qui vont avec.
Mais derrière chacune de ces décisions, il y a toujours un lecteur qu’on essaie de comprendre, et un créateur qui doit apprendre à gérer ses propres attentes, ses doutes et ses émotions.
Voilà tout pour aujourd’hui ! Merci d’avoir lu jusqu’ici.
J’ai pris beaucoup de plaisir à préparer cet article, de l’échange en live jusqu’au travail de transcription et de mise en forme. C’était la première fois que je me prêtais à cet exercice, et je me dis déjà que ça pourrait devenir un format régulier par ici, pourquoi pas une fois par mois !
Maintenant, parmi tout ce qu’on a partagé dans cet échange, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ou surpris ? Dites-le-moi en commentaire, je suis curieuse de savoir ce que vous en retenez 👀
Et si cet article vous a été utile, un Restack est toujours un joli coup de pouce pour lui permettre de trouver d’autres lecteurs 🧡





J'ai découvert Substack grâce au Solopreneur introverti en cherchant à me former sur l'IA.
Et, je suis passée exactement par ça.
Abonnée payante de IA Espresso depuis un moment, j'étais muette dans les commentaires depuis le début.
Derrière le passage sur les lecteurs qu'on ne voit jamais, il y a un mécanisme encore plus intéressant que le constat lui-même.
Commenter expose. Ça engage une image, une prise de position publique, un risque de se tromper devant témoin.
Payer n'expose rien. C'est un geste sans spectateur, donc sans risque social, alors que c'est objectivement l'engagement le plus lourd des deux.
On a l'intuition inverse : on pense que parler coûte moins cher que sortir sa carte. C'est l'inverse.
Parler expose l'ego, payer n'expose que le compte en banque.
Commenter, c'est se montrer en train d'apprécier. Payer, c'est trancher tout seul, sans public, que quelque chose a de la valeur
Ça change la façon de lire ses propres statistiques d'engagement, il me semble.
Merci à tous les deux pour cet article très intéressant.
Merci beaucoup à vous deux pour cet article!
J’avoue avoir lancé le test pour voir ce que cela provoquait déjà en moi. Je ne voulais pas, justement, me torturer l’esprit avec des questions.
La remise en question est plus facile avec cet article 🥰
Je le garde précieusement.
Merci encore !