Ton public n’est pas encore sur Substack : mauvais signe ou place à prendre ?
Une grille de lecture pour ne pas confondre silence, mauvais timing et vraie impasse. Décider avec plus de lucidité, sans idéaliser Substack ni l’écarter trop vite.
Dans l’article d’aujourd’hui, j’avais envie de traiter une question qui m’est revenue plusieurs fois, en messages privés comme dans les commentaires : est-ce que ça vaut le coup de publier ici quand on a l’impression que son public n’est pas encore très présent sur la plateforme ?
La question revient souvent chez des personnes qui avancent sur une thématique nichée, un secteur peu représenté ou un univers difficile à situer. Elles arrivent sur Substack, ou testent depuis quelques semaines, et ne voient pas encore beaucoup de contenus proches de leur sujet.
Je crois qu’on regarde parfois Substack comme si tout était déjà figé. On cherche son sujet, son public et sa catégorie. Et si rien ne ressort clairement, on conclut que ce n’est peut-être pas adapté. Alors qu’une plateforme encore en structuration côté usages fonctionne autrement : certains territoires sont déjà occupés, d’autres sont encore flous, mal nommés ou pas encore investis.
J’ai donc écrit cette newsletter comme un essai stratégique et éditorial, pas de tutos avec captures d’écran ou de tableaux à remplir dans cette édition, mais une réflexion guidée pour poser les bons repères, lire les signaux avec plus de nuance, et éviter de trancher trop vite.
Et si vous n’avez pas le temps de la lire maintenant, elle s’écoute aussi très bien en audio (le bouton est en haut à droite de l’article sur l’app ou le site Substack).
Au programme
1.Le premier doute sur Substack : est-ce que mon public est vraiment là ?
2.Public absent ou public dispersé : la nuance à comprendre
3.Sur Substack, le sujet ne suffit pas : il faut un angle éditorial
4.Arriver tôt sur Substack : construire avant que le terrain soit validé
Allez c’est parti ! Bonne lecture (ou bonne écoute) 🧡
1.Le premier doute sur Substack : est-ce que mon public est vraiment là ?
On arrive sur Substack par curiosité, parfois par intuition. Mais avant même d’écrire, on cherche déjà une preuve qu’on a le droit d’être là.
On regarde ce qui existe dans notre niche et notre secteur. On tape quelques mots dans la barre de recherche (pas toujours très aidante, d’ailleurs), on clique sur des profils, on observe les titres, les commentaires etc. Comme si chaque signal pouvait nous dire s’il y a, oui ou non, une place pour nous ici.
En réalité, on ne cherche pas seulement à comprendre la plateforme. On cherche un signe que notre sujet peut y trouver sa place, et que d’autres, avant nous, ont déjà réussi à y rencontrer leur public.
Une autrice peut croiser beaucoup de newsletters sur l’écriture et se demander si ses futurs lecteurs sont vraiment là, ou si Substack reste plutôt un endroit où les auteurs se lisent entre eux.
Un journaliste peut porter un regard que les rédactions n’accueillent pas toujours, et se demander si cette voix plus libre trouvera vraiment ses lecteurs sur Substack.
Un consultant freelance peut regarder son secteur, ne voir presque aucun profil proche du sien, et se demander si ses prospects prendront vraiment le temps de lire une newsletter, alors qu’ils réagissent déjà à peine à ses posts LinkedIn.
Derrière ces situations, la peur est la même.
Pas seulement : “Est-ce que mon public est sur Substack ?” Mais plutôt : “Est-ce que les miens sont vraiment là ?”
On sait qu’il faut tester avant de conclure. Mais quand les signes attendus ne sont pas là, on finit par tout interpréter.
Une newsletter proche, abandonnée depuis des mois, ressemble vite à un mauvais signal.
Des articles avec peu d’engagement donnent l’impression que la demande n’est pas là.
Et sans profils proches, pairs ou concurrents, on commence à douter de la pertinence de prendre la parole ici.
En soi, ce réflexe est sain au départ. Ça évite de se lancer complètement à l’aveugle, et aide à comprendre les usages, les codes et les formats qui fonctionnent etc.
Mais il devient piégeux quand on transforme trop vite l’observation en verdict.
S’il y a beaucoup de monde, on se dit : “Il y a de la demande.”
S’il n’y a presque personne, on se dit : “Ce n’est pas pour moi.”
Comme si l’absence de preuves visibles suffisait à prouver l’absence de public.
Alors qu’il faudrait peut-être poser d’autres questions.
Est-ce que le public est vraiment absent, ou simplement dispersé ?
Est-ce que le sujet n’a pas encore trouvé son bon angle sur Substack ?
Est-ce que mon sujet peut créer un rendez-vous et une continuité assez forte pour donner envie de le suivre ?
C’est là qu’une première décision se dessine.
Soit on repart, en attendant des signaux plus rassurants pour se lancer sérieusement sur la plateforme.
Soit on accepte de rester dans cette zone inconfortable où rien ne prouve encore que la place existe, mais où rien ne prouve non plus qu’elle n’existe pas.
2.Public absent ou public dispersé : la nuance à comprendre
Un marché, un lectorat ou une audience ne se mesure pas seulement à ce qu’on voit en surface sur une plateforme.
Ce qu’on cherche réellement, ce n’est pas uniquement un public déjà visible. C’est une preuve que le sujet intéresse, qu’il touche une tension et qu’il répond à une attente.
Et cette preuve n’apparaît pas toujours sous la forme d’une catégorie claire ou d’une newsletter déjà installée.
Parfois, le public existe, mais il n’est pas encore rassemblé.
Des personnes peuvent déjà s’intéresser à un sujet sans être regroupées autour d’un mot particulier, d’une catégorie ou d’une newsletter identifiable. Elles lisent des choses proches. Elles suivent des sujets voisins. Elles ressentent une frustration et une curiosité sans se dire encore : “Je cherche précisément une newsletter là-dessus.”
On fait l’erreur de chercher un public déjà visible alors que parfois, le public existe AVANT que la catégorie soit nommée.
Et c’est encore plus vrai sur Substack, où les lecteurs ne sont pas toujours rangés dans des cases nettes. Ils suivent une voix, un angle et une manière de formuler les choses.
Il faut alors apprendre à repérer d’autres signes : des questions qui reviennent, des commentaires éparpillés, des sujets voisins qui attirent les mêmes personnes et des frustrations qui émergent.
Ce sont des signaux faibles, mais ils sont loin d’être insignifiants.
Le rôle d’un média peut justement être de transformer ces signaux en point de rendez-vous : une voix, une archive et un endroit où des personnes qui s’intéressaient déjà au sujet commencent enfin à se retrouver.
C’est aussi pour ça que l’absence de concurrence peut nous tromper.
Quand beaucoup de personnes parlent déjà de notre sujet, ça rassure. On se dit qu’il y a une demande, un marché et un lectorat. Même si l’espace est plus difficile à occuper, au moins, le chemin semble exister.
Mais quand on ne voit presque personne, on l’interprète comme un avertissement.
Alors qu’il peut aussi signaler autre chose : un sujet encore peu traité, un angle à créer et un public mal servi. Et peut-être, justement, un espace éditorial disponible.
La vraie question n’est donc pas seulement : “Est-ce que d’autres parlent déjà de ce sujet ici, et comment s’en sortent-ils ?”
Mais plutôt : “Est-ce que je vois assez de signaux, même faibles, pour tester une prise de parole plus claire ?”
Parce qu’en création de contenu, on ne valide pas uniquement une idée en observant un marché déjà parfaitement structuré. On la valide aussi en formulant mieux une tension que les autres n’ont pas encore nommée.
Avant ça, le public peut sembler absent.
Après ça, il commence à se reconnaître dans l’espace que tu crées.
3.Sur Substack, le sujet ne suffit pas : il faut un angle éditorial
Si ton public n’est pas encore clairement visible sur Substack, un sujet trop général risque de passer inaperçu.
Parce qu’il n’y a pas encore de catégorie évidente pour te porter. Pas encore beaucoup de newsletters proches auxquelles on pourrait t’associer ou de repères installés qui permettent aux lecteurs de comprendre rapidement où te situer.
Dans ce cas, c’est ton angle qui doit faire ce travail.
Il doit permettre aux bonnes personnes de se dire : “Je vois de quoi ça parle ici. Je comprends pourquoi ça me concerne. Je sais pourquoi j’aurais envie de suivre cette réflexion.”
Parler d’“écriture”, de “bien-être” ou d”écologie” ne suffit pas toujours. Ces sujets sont trop vastes. Mais dès que tu nommes une tension précise, ça devient plus lisible et reconnaissable.
C’est ici qu’il faut rester honnête : tous les sujets ne se prêtent pas à Substack de la même manière. Tous les publics n’ont pas le même rapport à la lecture. Tous les formats ne trouvent pas naturellement leur place dans un espace où l’écrit, le temps long et la relation directe comptent autant.
On regarde parfois Substack comme on regarderait Instagram ou TikTok : est-ce que mon audience est déjà là ? Est-ce que mon contenu va circuler ? Est-ce que la plateforme va me montrer aux bonnes personnes ?
Mais Substack n’est pas seulement un lieu de découverte.
C’est aussi un espace où on construit une voix, une relation de confiance et un rendez-vous. Un espace éditorial à soi, plus durable qu’un post qui disparaît dans le flux.
Il ne suffit donc pas de savoir si ton sujet peut exister sur Substack. Il faut surtout trouver la forme qui le rendra lisible, désirable et utile ici.
Et un bon angle tient souvent à trois choses.
Une tension réelle : ce que ton public ressent déjà, sans réussir à le formuler clairement.
Un regard singulier : ce que tu observes souvent, mais que les autres traitent trop vite ou trop en surface.
Une continuité : ce que ton sujet permet de suivre dans le temps, une transformation, une enquête, ou un chemin.
Quand ces trois éléments se rejoignent, ton sujet devient plus qu’un thème : un rendez-vous clair, un point de ralliement pour les bonnes personnes qui, jusque-là dispersées, peuvent enfin s’y reconnaître.
4.Arriver tôt sur Substack : construire avant que le terrain soit validé
Quand un sujet est déjà très présent, c’est rassurant : on voit des formats, des angles, des repères et des preuves que la demande existe.
On se sent moins seule face à l’idée de commencer. Mais cette validation a un prix.
Quand tout le monde est déjà là, l’espace devient plus difficile à occuper.
Les codes sont installés. Les attentes aussi. Et les comparaisons arrivent plus vite.
Il ne suffit plus de prendre la parole : il faut réussir à se faire entendre dans un endroit où beaucoup de voix ont déjà pris de l’avance.
À l’inverse, quand ton public est encore peu visible sur Substack, tout est plus flou.
Il y a moins de modèles à observer, moins de chemins déjà tracés et moins de signaux pour te rassurer.
Tu dois accepter de construire sans savoir, au départ, si quelqu’un attend vraiment ce que tu t’apprêtes à proposer.
C’est ce qui rend l’arrivée tôt si étrange. D’un côté, elle donne de la place. De l’autre, elle demande plus de patience.
Arriver tôt, c’est accepter de formuler avant que le sujet soit évident, de tester avant que la demande soit clairement visible et d’installer une voix avant que la catégorie soit reconnue.
On l’a vu ailleurs, souvent après coup.
Sur LinkedIn, avant que tout le monde n’y publie chaque matin, il était encore possible d’installer une voix sans être immédiatement noyé dans les mêmes formats et les mêmes posts d’expertise.
Sur Instagram, avant que chaque activité indépendante y construise sa vitrine, il était plus simple d’associer un univers, une esthétique, une manière de raconter à une personne ou à une marque.
Les premiers à s’installer ne sont pas toujours les plus visibles au départ. Mais ils ont souvent le temps d’apprivoiser le terrain avant qu’il devienne bruyant.
Ils peuvent tester sans être immédiatement comparés à cinquante autres personnes. Clarifier leur voix, comprendre ce qui résonne et créer leurs propres repères. Devenir identifiables avant que le sujet ne devienne un territoire évident pour tout le monde.
C’est peut-être ça, la vraie opportunité de Substack.
Pas l’illusion d’une plateforme magique où il suffirait d’être présente pour être lue.
Mais la possibilité, plus lente et plus solide, de devenir l’une des premières voix que les bonnes personnes associent à un sujet, à un angle et à une manière de voir.
C’est moins séduisant qu’une promesse de croissance rapide ou de viralité. Mais c’est souvent comme ça que les espaces solides se construisent : dans le flou du début, quand il faut encore nommer le territoire au lieu de simplement rejoindre la foule.
À mon sens, je ne crois pas qu’il faut attendre d’être complètement rassuré pour commencer. Mais je ne crois pas non plus qu’une intuition suffise à valider une direction.
Entre les deux, il y a un endroit plus juste : tester assez sérieusement pour observer ce qui prend forme, sans demander à la plateforme de nous donner toutes les preuves avant même d’avoir vraiment publié.
Si ton sujet semble encore peu présent ici, la question n’est peut-être pas seulement : “est-ce que ça vaut le coup ?” Mais plutôt : “qu’est-ce que je peux formuler assez clairement pour que les bonnes personnes comprennent pourquoi elles devraient s’y arrêter ?”
PS : Si tu as l'impression de beaucoup investir dans ta visibilité sans obtenir les résultats espérés, je propose quelques sessions de diagnostic pour faire le point sur ta situation actuelle. Tu peux candidater ici.
Merci de m’avoir lue jusqu’ici !
Je suis curieuse de savoir comment cet article résonne avec ton propre sujet, ou avec ta manière d’envisager ta place sur Substack.
On se retrouve dans les commentaires 🧡




Moi, j'ai mis longtemps à réaliser que Substack n'était pas qu'une plate-forme de newsletters, mais aussi un vrai réseau social.
Cet article résonne particulièrement.
Je viens de publier mon premier texte sur Substack et, forcément, la question du public se pose.
Ce que j'aime dans ton approche, c'est qu'elle évite les réponses simplistes. Entre "persévère coûte que coûte" et "pars tout de suite", il y a souvent une réalité plus subtile.
Merci pour cette réflexion qui invite à observer avant de conclure.